Nous tenterons de développer par courts chapitres non des tentatives de contre-argumentation vouée à la vanité dans le flot de la décadence des âmes et de l'impéritie, non les débats impossibles avec des interlocuteurs tout-puissants ou complètement dogmatisés, mais des postures, c'est à dire des prises de position issues de longues années de réflexion, de lectures, de recherche, et surtout fruits d'une expérience toujours ouverte, sur des sujets qui sont essentiels pour stabiliser les fondations d'une société et avec lesquels nous sommes familière. Le centre en sera ce qui peut se désigner d'une façon très large sous le terme d'"éducation". Évidemment à travers une analyse des années de pratique et de réflexion au sein des lieux où elle est officiellement dispensée mais aussi, et peut-être surtout, dans son rapport à la constitution psycho-sociale de sa fonction, à sa place dans les diverses visions, les remaniements sur la nature de la "personne" à qui elle est censée se dispenser. Il s'agira donc non de critiques mais de constats, d'analyses, propositions, sur la réalité de certains domaines, qui tenteront d'effectuer une bifurcation théorique et surtout, de se situer à contre-courant complet de la doxa actuelle. C'est à dire dans une posture qui ne soit pas basée sur une nostalgie réplicative du passé mais qui donne à celui-ci le pouvoir de rafraîchir, en prenant tout son poids, l'aridité malsaine des déserts idéologiques. Une posture délibérément tournée vers un humanisme revendiquant haut et fort les limites, les vices, les errements et la tragédie inhérents à l'espèce humaine. Prenant en compte sans jamais le dénigrer ou le renier ce qu'elle doit à son histoire si longue, à ses épreuves monstrueuses, à son courage créatif, à ses multiples tentatives d'organiser des mondes culturels, spirituels et sociaux et de leur donner les lieux et les mythes qui les honorent Une sorte d'hommage à l'éphémère de ses velléités et à la grandeur de ses rêves. EG

mardi 31 mai 2022

La mémoire des vivants N°2

La mémoire des vivants  N°2

 

La pizzeria du centre commercial est comme chaque jour pleine de monde. C’est le temps du week-end où les familles viennent se faire plaisir et une pause ici fait partie du rituel.

Je suis seule à ma table.

A la table à côté s’est installée une famille, ils sont trois, père face à sa fille d’environ six ans et mère presque invisible, cachée par les épaules du père à sa gauche.

Mais les interlocuteurs ne sont que deux, les échanges limités à un débat sans fin entre le père et sa fille. C’est elle, sa partenaire, elle son centre d’intérêt, et dans une discussion passionnée entre eux deux, le repas se déroule, pizza, dessert, café, sans qu’à un seul moment la mère participe, sans qu’une seule fois sa voix se place entre les voix du couple que forment sa fille et son homme, dialogue uniquement suspendu lorsque tous s’interrompent pour passer leurs commandes.  La petite semble vive, parle avec véhémence en agitant les mains, penche délicatement la tête à droite ou à gauche pour appuyer son propos. Une merveilleuse petite fille s’instituant femme avec l’appui sans faille de son père. Une merveilleuse petite fille persuadée que ses dires, qu’elle nourrit comme un flot ininterrompu de mots, qu’elle nourrit de tout et de rien afin de maintenir l’intérêt que lui porte son père, valent leur place à la place de sa mère.  

 

 

Martinique 2018